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04 février - mensonge - le portrait de dorian gray

Titre : La beauté de l'âge
Auteur :
alma11
Jour/Thème: 04 février - mensonge
Fandom : Le portrait de Dorian Gray
Personnages : Dorian Gray & Lord Henry
Rating: PG-13 (j'ai hésité mais dans le doute je préfère mettre au-dessus)
Nombre de mots: 2521
Disclaimer: Oscar Wilde
Participation au vote de fin de mois : oui
Note : Mon premier post. J'ignore s'il fallait faire une présentation ou quelque chose comme ça.Corrigez-moi si c'était le cas.

Le vent d’Alger soufflait doucement dans les rideaux en lin gris perle, s’engouffrant par la fenêtre laissé ouverte. En été, même la nuit pouvait se révéler d’une chaleur étouffante à laquelle les anglais n’étaient certainement pas habitués. Par intermittence, le voile se gonflait, se soulevait et révélait aux yeux de Dorian Gray le ciel noir parsemé d’étoiles d’Algérie. Mais ce spectacle, qui possédait pourtant toutes les qualités pour émouvoir sa sensibilité à la beauté, ne l’intéressait pas. Pas davantage que le livre traitant des pierres précieuses à travers l’histoire qui était abandonné sur une table de bois noir, un peu plus loin.

Le sommeil l’avait quitté, semblait-il sans raison, puis son esprit, ses pensées avaient voguées jusqu’à Londres et sa grisaille, même au mois de juillet. Londres, et son manoir en haut duquel, prisonnier de ce bureau couvert de poussière et de toiles d’araignée, se trouvait son portrait. Le bureau était fermé à clef, et la clef, l’unique clef, était pendue à son cou, pourtant en dépit de cela le sentiment d’inquiétude rampait en lui tel une créature de cauchemar. Un monstre onirique sans forme, à la peau sombre et au cuir souple, pourvu de mille griffes aiguisées qu’il utilisait pour s’ancrer en lui, se planter dans sa chair, son sang, ses os ; pourvu d’une gueule béante teinté d’écarlate flamboyant et qui, morceau par morceau, le dévorait peu à peu de l’intérieur. L’idée commençait à l’obséder.

D’un mouvement leste, il rejeta au loin les draps qui le recouvraient, excédé de la chaleur. Silencieusement dans la maison endormie, il se mit à tourner en rond comme un lion en cage, ses pieds contre les dalles froides, ses mains s’agitant de façon régulière comme s’il ne savait quoi faire avec elles. Il lui fallait se calmer, retrouver la sérénité qui était encore sienne quelques heures plus tôt, avant ce réveil étrange. Il lui fallait se convaincre qu’il n’avait rien à craindre. Le tableau était après tout bien enfermé, caché sous un drap de pourpre dans une pièce où personne à l’exception de lui ne se rendait. Personne par ailleurs ne le savait là. Le cadreur et son apprenti qui l’avaient monté n’en n’avaient jamais rien vu. Concernant son ancien domestique, il avait prit soin de l’envoyer loin, très loin de l’Angleterre. Quand à ses rares amis qui en connaissaient l’existence, il leur avait assuré qu’il l’avait perdu lors d’un transport. Il n’avait rien à craindre.

Il finit par s’arrêter un instant et tendit l’oreille. Aucun autre bruit que le bruissement du vent dans les rideaux. Pas un seul signe de vie, même au dehors ; il aurait put se croire seul dans la maison. Il se remit à marcher. L’ambre de l’alcool contenu dans une bouteille attira soudain son regard et ses pas dévièrent de leur schéma répétitif. Il se servit un verre qu’il but rapidement, le breuvage lui brula la gorge avec délice mais ne l’aida pas à éclaircir ses pensées. Et Basil ? Basil savait pour le tableau, il était celui qui l’avait peint après tout, et il n’avait jamais envisagé de lui dire qu’il l’avait perdu. Il ne l’aurait pas cru, et cela aurait brisé une amitié qu’il désirait conserver. Mais à quel prix ? Et s’il venait durant son absence et demandait à voir le portrait ? Il ne trouverait personne chez lui alors il ne craignait rien. Et le portrait était enfermé dans le bureau du haut, et la clef était autour de son cou.

Il se servit un nouveau verre qu’il vida presqu’aussi vite que le premier. Et les voleurs alors ? Ils ne manquaient pas à Londres, et les demeures des plus riches étaient pour eux très attirantes. En particulier lorsque le propriétaire partait en vacances dans les colonies et était absent pour plusieurs semaines. Et si un voleur s’introduisait chez lui, s’il se rendait au dernier étage de sa maison et forçait la serrure du bureau, si rendu curieux par la tenture déposée sur le cadre, il découvrait le portrait, que ferait-il ?

Un troisième verre rejoignit bien vite les deux précédents. Dorian Gray se demanda si Lord Henry serait d’accord s’il avançait quelque peu le jour de leur retour en Angleterre. L’alcool et le jeûne imposé par la nuit et les birbes d’un sommeil fuyant dansaient bien mal ensembles. Toutes les danses à trois se dansaient mal lorsqu’il y a trois danseurs, peu importe le tempo, et mené par la liqueur forte, puissante et vulgaire comme le sont les plus locales, perdu dans ses brumes disparates, Dorian Gray se faufila hors de sa chambre.

Cette demeure d’Alger, demeure de vacances, plongée dans le noir et endormie, d’où aucun bruit ne se faisait entendre comme si tout était mort, il en travers les couloirs, une lanterne légèrement tremblante à la main. Heureusement, sa destination se trouvait non loin de sa chambre ; il n’aurait pas laissé Lord Henry trop loin de lui. La porte n’était pas fermée, il entra. La flamme vacilla un instant, le plongeant dans la pénombre, avant de l’éclairer de nouveau, dévoilant à ses pieds le rouge et or d’un tapis persan qui le soulagea du froid des dalles, des meubles savamment agencés mais auxquels il n’accorda, cette nuit-ci, aucune importance. Non, son seul intérêt était pour le lit, centré contre le mur à sa gauche, où sommeillait son ami et en direction duquel il se dirigea. La lanterne trouva sa place sur un meuble tout près tandis que Dorian Gray s’agenouillait sans bruit au sol, près du visage du dormeur.

Il fut saisi par la vision de ce visage. Ce fut presque comme si, tout à coup, il faisait face à une autre personne, un autre homme. Des années pourtant, des années déjà qu’il le connaissait et le voyait presque tous les jours, à l’opéra ou au club. Et pourtant ce soir il lui semblait le redécouvrir entièrement, sous un nouveau jour, comme si la flamme de la chandelle l’éclairait bien mieux que le soleil lui-même. Pour la première fois, il s’apercevait, sur la peau d’albâtre, du marbrage de la fatigue, des tempes qui avaient commencées à se dégarnir et du cheveu fou, mal coiffé par le sommeil, qui se teintait partiellement de poivre et de sel. Pour la première fois, il constatait la pâleur qui s’installait sur les lèvres légèrement craquelées et les sillons que marquaient les rides au coin des yeux, des rides de rire, des rides de joie disaient certains mais ce n’étaient que des excuses qui ne consolèrent pas Dorian Gray.

La réalité le frappa ; Lord Henry avait vieillit, Lord Henry vieillissait. Bien évidemment qu’il vieillissait, tout homme, tout humain vieillissait. Son ami ne saurait faire exception, il était le seul. Son ami vieillissait et il s’en trouvait soudain surpris de le constater. Pour autant, il ne ressentit pas la pitié teintée de dégoût et de mépris que lui inspirait habituellement la vision du vieillissement des autres. Peut-être était-ce par qu’il s’agissait de Lord Henry. Probablement parce qu’il s’agissait de Lord Henry.

Ce qui avait attiré chez lui Dorian Gray n’était pas son visage après tout, déjà âgé de vingt-sept ou vingt-huit ans lors de leur rencontre. C’étaient bien davantage son esprit, vif et éclairé, et sa voix, profonde et vibrante, qui l’avaient séduis. Deux choses que son précieux ami n’avait perdu en rien. Aussi finalement, ces cheveux grisonnant et ces petites rides ne le dérangeaient nullement, tout du moins pour l’heure. Avec un certain étonnement, il s’en trouvait même fasciné. Tout soudain, celui lui apparaissait moins laid qu’ailleurs. Presque beau dans son esprit embrumé des vapeurs de l’alcool. Sans doute sa réflexion n’aurait-elle pas été jusque là s’il avait été parfaitement sobre. Sans doute non plus ne se serait-il pas légèrement redressé pour venir embrasser cette bouche aux coins à peine plissés. Pas alors que Lord Henry demeurait endormit. Se reculant, cet état de fait n’avait pas changé. Dorian Gray resta immobile encore un moment, aussi figé qu’une statue sublime taillée dans le marbre le plus pur, avant de se relever en chancelant un peu. Reprenant sa lanterne, il quitta la chambre dans ce même silence qui, pas un instant, n’avait pas quitté la demeure, n’avait pas été troublé.

***

- Vas-tu me dire ce qui t’occupe l’esprit, Dorian ? demanda Lord Henry d’un ton languide, alors qu’il fixait le fond de vin de son verre, à la recherche de quelque chose ou bien sans qu’il ne voit véritablement rien.
Le regard clair de Dorian Gray l’interrogea.
- Qui te dit que quelque chose m’occupe l’esprit Harry ?

Tous deux étaient installés à l’extérieur, sur une terrasse ombragée d’orangers. Le soir était tombé, le soleil avait déjà bien baissé mais le ciel était encore clair et la chaleur bien présente. Lord Harry détacha ses yeux bruns, presque noirs, de son verre et les posa sur son ami.
- Tu es resté plongé dans tes pensées toute la journée. Plusieurs fois tu m’as regardé sans sembler me voir et tu ne m’écoutais pas. Mon cher vieux, j’espère que ce n’est pas une femme qui t’occupe ainsi ! Elles ne méritent pas que l’on se mette dans des états pour elles. Si elles le savaient elles n’en deviendraient que plus insupportables encore.
- Non. Non, ce n’est pas une femme. Et je t’écoute toujours Harry, tu ne devrais pas en douter.
- Tu ne m’écoutais pas. Alors dis-moi qui t’occupe si ce n’est pas une femme.
- Qu’est-ce qui te fait dire qu’il s’agit de quelqu’un ?
Lord Henry éclata d’un rire profond.
- S’il s’était agit d’autre chose, j’en aurais constaté les traces dans ta maison. Tes passions sont fascinantes par la place qu’elles prennent. Quel est la dernière ? Les pierres précieuses non ? Oui, oui ce sont les pierres précieuses. Tu ne t’en es pas encore lassé, je le sais. Alors, dis-moi qui Doria ? Quel charmant visage a piqué ta curiosité ?

Dorian Gray plongea son regard dans celui de Lord Henry alors que celui-ci tirait un cigare de son étui et le coinçait entre ses lèvres. Le regard sombre de son ami était toujours le même, analyste sympathique illuminé de cynisme. Le temps ne l’avait pas atteint. Le cigare fut allumé et ses yeux tombèrent cette fois sur ces mains. Toujours aussi nobles, elles lui semblaient pourtant plus usées. Perdu dans cette contemplation, il y demeura un instant, donnant l’impression d’être plongé dans une intense réflexion qui intrigua fortement Lord Henry.

- Ce n’est pas tant un charmant visage.
Cette unique phrase brisa le silence qui s’était installé alors que Dorian Gray se levait et franchissait les quelques mètres le séparant de son ami. Il s’assit à ses côtés et serra ses mains dans les siennes.
- Depuis combien de temps nous connaissons-nous Harry ?
Lors Henry haussa les sourcils à ce brusque changement de sujet.
- He bien, cela doit faire un peu plus de dix ans je crois. Je ne me souviens pas de la date exacte. Pourquoi cette question ?
- Dix ans déjà ? Que le temps passe vite, je ne l’ai pas vu filer. Il me rattrape si soudainement.
A nouveau, la voix de Lord Henry s’envola dans un grand éclat de rire.
- Toi Dorian ? Être rattraper par le temps ? Ne dis pas de sottises voyons. Ces dix années sont passées et toi tu as toujours le même visage qu’au temps de ta jeunesse. On ne te donne pas vingt ans ! Mais ça, tu n’as pas besoin de t’en occuper. En profiter seulement. Parle-moi plutôt de cette personne qui n’a pourtant pas tant un charmant visage. Vas-tu me dire de qui il s’agit ?

Alors qu’il parlait, Dorian Gray pouvait observer les plis de la peau qui se creusaient aux coins de la bouche et des yeux. Pourquoi ce qui chez tout autre l’aurait fait se détourner froidement ne l’égratignait même pas dans son affection chez Lord Henry ?
La dernière question lui arracha un froncement de sourcils et agita la main.
- Arrêtons avec ça Harry, je n’ai pas envie d’en parler, demanda-t-il.
Le souvenir de la nuit précédente était vif dans son esprit et l’audace dont il avait fait preuve sous l’influence de l’alcool faisait encore rougir ses joues. Lord Henry tira sur son cigare.
- Arrêter ? Mais je ne veux pas arrêter Dorian ! Tu m’intrigues à rester si secret, tu piques ma curiosité. Tu ne veux pas me dire son nom ? Soit ! Dis-moi au moins ce qui t’a tant intéressé chez cette personne, que j’ai quelque chose sur quoi réfléchir.
- J’ai été subjugué de voir un visage vieillissant qui n’était pas laid. Là, tu sais ! N’en parlons plus maintenant.
- Voyons mon cher vieux, tout ce qui vieillit s’enlaidit. Surtout les visages. Je n’ai jamais rien vu de vieux qui ne soit pas laid, à part peut-être quelques œuvres d’art.
- N’en parlons plus Harry ! Viens, rentrons. Il se fait tard, nous serons mieux à l’intérieur, dit Dorian Gray en se levant et en se dirigeant vers la porte de la terrasse d’où il appela son valet. Nous rentrons. Veillez à tout ranger, vous serez libre ensuite.

Puis il disparu à l’intérieur. Son ami le rejoint peu après dans un salon, son cigare consumé. Lord Henry alla s’asseoir dans un fauteuil, croisant ses longues jambes et ses mains, et se mit à fixer de son regard perçant Dorian Gray qui se tenait debout devant une fenêtre, une tasse fumante de thé entre les mains, et qui pour l’heure lui tournait le dos.
- Pourquoi ne veux-tu pas en parler ? Tu sais pourtant que tu finiras par me le dire, Dorian. Tu me dis toujours tout.
Caché par l’ombre, son reflet visible de lui seul, Dorian Gray plissa la bouche en une moue ennuyée qui le défigura pour un court instant. Lui disait-il vraiment tout ? Ah ! Non, bien sûr que non. Tout homme avait ses secrets et lui-même en avait accumulé tant.
- Peut-être bien Harry, mais comme je te l’ai dit je ne veux pas en parler. Ne peux-tu donc pas t’employer à autre chose ?

Un nouveau rire, ce rire grave et fascinant, se fit entendre derrière lui mais il ne se retourna pas. Il se plongea dans sa tasse de thé, en savourant le goût épicé sans entendre derrière lui le bruit de la porte que l’on ferme à clef. Il ne daigna reporter son attention pleine et entière sur son ami qu’au moment où une main ferme vint se poser sur sa hanche.
- Je serais ravi de m’employer à autre chose Dorian. Je suis simplement curieux de ce que tu as bien put trouver de beau dans la vieillesse !
- Je ne l’ai pas trouvé beau, il n’était simplement pas laid. Là est la différence.
- Je vois.

Lord Henry, sans se séparer de lui comme presque toujours lorsqu’ils n’étaient qu’ensemble, abaissa les lourds rideaux opaques avant d’aller embrasser son ami.
- Il est encore tôt, dit-il. Nous ne sommes pas seuls.
- J’ai libéré mon valet, tu aurais dû l’entendre.
- C’est parfait alors.
Tags: février 17
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